Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de le journal de campagne de KIKI DU 78
  • Le blog de le journal de campagne de KIKI  DU  78
  • : Cet espace est réservé à des informations souvent ignorées par les " grands " médias, et à divers sujets d'actualité , en vue d'échanges de points de vues.
  • Contact

Recherche

Liens

1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 17:38

 

 

 

 

Merci à l'équipe de l'association " la griffe " qui vient de m'envoyer ce texte de Cavanna, que je vous laisse découvrir ... 

 

                                                  -------------------------------------------------------

 

 

Passagers de la planète Terre

 

 

 

 

Avoir davantage pitié des bêtes que des hommes, c’est pas très bien vu chez les hommes. C’est considéré comme une espèce de désertion, de trahison, voire de perversion ou d’infirmité mentale.

 

 

 

Eh, bon dieu, nous sommes hommes par hasard. Tant mieux, j’aime bien comprendre le monde. Et c’est justement parce que je suis homme que je puis transcender cet instinct grégaire, irréfléchi, purement animal, qui fait se serrer les coudes aux hommes, les incite à diviniser l’homme par-dessus toute créature. Réflexe spontané, réflexe normal. Normal chez une oie, chez un phoque, chez un hareng. Un homme devrait aller plus loin. C’est parce que j’essaie d’être vraiment, pleinement homme, c’est-à- dire une bête avec un petit quelque chose en plus, que je mets sur un pied d’égalité ce qui est homme et ce qui ne l’est pas. M’emmerdez pas avec votre François d’Assise, j’ai pas de paradis à gagner. Mon amour des « bêtes » est bien autre chose qu’un attendrissement devant le mignon minet, bien autre chose qu’une lamentation devant les espèces, je m’en fous, je ne suis pas collectionneur d’espèces, des millions d’espèces ont disparu depuis que la première lave s’est figée. Seuls m’intéressent les individus. Mon horreur du meurtre, de la souffrance, du saccage, de la peur infligée, fait de ma tranche de vie une descente aux enfers. Nous tous, les vivants, ne sommes-nous donc pas des passagers de la même planète ?

 

 

 

L’homme n’a pas besoin de ma pitié. Il a largement assez de la sienne propre. S’aime-t-y, le bougre ! La littérature, la religion, la philosophie, la politique, l’art, la publicité, la science même n’intéressent les hommes qu’en tant qu’ils les mettent au premier plan, tous ne sont qu’exaltation de l’homme, incitations à aimer l’homme, déification de l’homme...

 

Les bêtes n’ont pas, si j’ose dire, la parole. Elles n’ont pas d’avocat chez les hommes. Elles ne sont que tolérées. Tolérées dans la mesure où elles sont utiles, ou jolies, ou attendrissantes... Ou comestibles. Les hommes les ont ingénieusement classées en animaux « utiles » et animaux « nuisibles ». Utiles ou nuisibles pour les hommes, cela va de soi. Les Chinois ont patiemment détruit les oiseaux parce qu’ils mangeaient une partie du riz destiné aux Chinois. De quel droit les Chinois sont-ils si nombreux qu’il n’y a plus de place pour les oiseaux, ni pour la nourriture des oiseaux ? Du droit du plus fort, eh oui. Voilà qui est net. Ne venezplus m’emmerder avec votre supériorité morale. Ni avec vos bons dieux, faits à l’image des hommes, par les hommes, pour les hommes.

 

 

 

L’Homme, intelligence sublime, affronte la Bête...

 

Si les petits cochons atomiques ne mangent pas l’humanité en route, il n’existera bientôt plus la moindre bête ni la moindre plante « nuisible » ou « inutile ». Le travail est déjà bien avancé, et le mouvement s’accélère. La mécanisation libérera — peut-être — l’homme du travail « servile ». Elle a déjà libéré le cheval : il a disparu. On n’a plus besoin de lui pour tirer la charrue, il n’existe plus à l’état sauvage, adieu le cheval. Oui, on en gardera quelques-uns, pour jouer au dada, pour le tiercé, pour le ciné, pour la nostalgie... L’insémination artificielle a déjà réduit l’espèce « bœuf » à ses seules femelles. Un taureau féconde — par la poste — des millions de vaches. Oui, on s’en garde quelques-uns pour les corridas, spectacle d’une bouleversante grandeur où l’Homme, intelligence sublime, affronte la Bête, les yeux dans les yeux... Oui, on se garde quelques faisans, quelques lapins, quelques cerfs, pour la chasse... On se garde quelques éléphants, pour que les petits merdeux aillent les voir dans les zoos, et quelques autres dans des bouts de savane pour que les papas des merdeux aillent faire des safaris-photos après le déjeuner d’affaires.

 

 

 

Pourquoi je m’énerve comme ça ? Eh, parce que je les voudrais semblables à ce qu’ils se vantent d’être, ces tas : un peu plus, un peu mieux que les autres bêtes... Mais non. Ils le sont, certes, mais pas assez. Pas autant, qu’ils croient. A mi-chemin. Et, à mi-chemin entre ce qu’est la bête et ce que devrait être l’homme, il y a le con. Et le con s’octroie sans problème la propriété absolue de la Terre et de tout ce qui vit dessus, et même de l’Univers entier, tant qu’une espèce plus forte ou plus avancée techniquement mais tout aussi con ne l’aura pas traité lui-même comme il traite ce qui lui est « inférieur ».

« Inférieur »... Rien que ce mot ! Il y a même toute une hiérarchie.

 

 

 

 

François Cavanna Charlie Hebdo, 1979

___________________________________________________________________________

 

 

 

Ne manquez pas de visiter le site et le blog de l'association " La Griffe " !

 

 

http://sitelagriffe.wix.com/la-griffe#!edito

 

http://lagriffe.over-blog.net/

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by le journal de campagne de KIKI DU 78
commenter cet article

commentaires

Ocrinou 02/02/2014 16:29

Bien dit, l'homme celui qui met les bêtes au rang d'objet n'est pas bon!